
Un homme a construit sa vie sur ce qu’il a pu, avec ce qu’il a trouvé, et l’édifice paraît tenir le coup. Et puis, le singe de quarante ans, on ne lui apprend plus à faire des grimaces. Mais depuis quelque temps, quelque chose dérange sa coiffure, s’accroche à son pantalon, rature ses papiers, déchire ses vieux livres et renverse tout sur son passage : une petite fille de deux ans réclame de l’amour et des réponses claires. L’intrépide papa se lance dans une périlleuse démonstration sur les choses de la vie.
Je rêve d’un personnage auquel on peut s’identifier : un homme d’âge moyen qui a construit sa vie sur des fondations apparemment stables, mais qui se met à douter de tout, de son travail, de sa vie, de lui-même...
Ce personnage est réalisateur, il fait des films d’animation. Mais il a les mêmes problèmes que tout le monde. Et comme il a l’habitude de dessiner, de manipuler des marionnettes, de filmer des objets, de composer des mélodies, il exprime machinalement ses soucis à travers ses instruments de travail. Mais voilà que ses instruments lui échappent et s’autonomisent : alors c’est l’inconscient de notre homme qui parle sous forme de dessins et d’images animées. Pour déclencher cette crise existentielle, il faut un révélateur. C’est un bébé. Notre réalisateur approche de quarante ans, et pour la première fois, il vient d’être papa. Il s’y intéresse d’autant plus que sa carrière est au point mort et son inspiration en berne.
Un acteur seul devant un écran. L’acteur chante, danse, manipule, dessine, filme : tous les moyens sont bons pour évoquer notre monde et la variété de nos perceptions des choses. L’acteur est homme-orchestre, et le personnage, l’homme orchestré par des passions contradictoires qui trahissent le fragile équilibre d’une vie d’adulte. Des objets, des films, des histoires agitent la scène jusqu’à l’étourdissement, et le plateau redevient nu, comme nettoyé par la tempête.
Tout au long du spectacle, l’homme s’adresse au public comme à son enfant : il lui raconte, lui dessine, lui chante le monde. Mais ses représentations bancales se jouent de lui, le renvoyant à son incapacité à résoudre ses problèmes. L’acteur évolue sur un plateau dont le centre est occupé par quelques jouets sur un tapis d’enfant, un tapis rond multicolore encerclé par un castelet, un piano électrique, un écran de cinéma et une table à dessin. Les spectateurs - qui jouent le rôle de la petite Louise - sont embarqués dans les tribulations mentales d’un réalisateur qui confond réel et imaginaire. Chansons, dessins et objets filmés font écho, sur des tons divers, à l’imagination délirante du personnage.
Laurent Rogero travaille pendant un an. Pour nourrir la création, il fait chaque mois une semaine de répétitions associant des collaborateurs différents, selon qu’il souhaite associer tel texte ou tel propos à la danse, au chant, à la marionnette, au masque, à la vidéo, au dessin, etc. D’octobre 2009 à juin 2010, 9 semaines de résidence, puis 3 semaines en septembre, avant la création.
Benoît Arène
Je ferai ce travail en collaboration avec Benoît Arène, concepteur et réalisateur audiovisuel qui a commencé sa carrière avec le film d’animation, des courts-métrages et travaille aujourd’hui régulièrement pour le théâtre : avec Renaud Cojo (What in the world, Lolicom, Elephant People, Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust).
David Prudhomme
Pour la bande dessinée, j’ai fait la rencontre de David Prudhomme, talent de la BD nouvelle vague qui sait si bien entrelacer les problématiques psychologiques et sociétales, les genres comiques et dramatiques, le récit et le graphisme. Si la nouvelle bande dessinée inspire depuis peu le cinéma, je sais qu’elle et le théâtre ont aussi beaucoup à échanger. Prix Essentiel au festival d’Angoulême en 2008 avec l’album "La Marie en plastique" avec Rabaté, il vient de publier “Rébétiko” et de remporter le prix coup de coeur du festival de Saint-Malo. "De bout en bout, le dessin joint littéralement le geste à la parole : c’est de la vie en mouvement, en perpétuel (dés)équilibre, changeante comme la lumière, dansante, d’une énergie euphorisante. Avec Prudhomme, la musique n’a pas qu’une âme, elle s’incarne dans les pleins et les déliés des corps qu’elle habite au sens le plus fort du terme. Rébétiko est son chef-d’oeuvre." J.-C. Loiseau, Télérama
Frédérick Cazaux
Pour la musique, je poursuivrai ma collaboration fructueuse avec Frédérick Cazaux, qui allie technologie et création, instruments électroniques et informatiques à la composition et à l’improvisation. Il a composé la musique du Soleil sous l’arbre et travaille actuellement sur un projet de création avec Marie N’Diaye.
Renaud Cojo
...va suivre le travail. Rencontre le théâtre grâce à la musique. Auteur, acteur et metteur en scène, il crée le label Ouvre le Chien en 1991 avec lequel il dirige plusieurs projets. Il vient de créer Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust.
J’aime jouer seul. J’étais encore au Conservatoire de Paris, en 1995, quand je jouais en solo des textes de Christian Bobin, chorégraphiés par Caroline Marcadé. Alors que je jouais, en 1996, dans le Hamlet de Daniel Mesguich, je créais en parallèle, dans la petite salle de son théâtre de Lille, mon premier texte, Cet Homme entre chien et loup, solo pour un conteur acrobate. En 1999, alors que le groupe Anamorphose venait d’être conventionné par la DRAC Aquitaine et que nous étions en résidence au CDN de Bordeaux, je jouais en solo Le Mouchoir, d’Alain-Julien Rudefoucauld, sous la direction de Jean-Luc Terrade. En 2003, investi par moi-même de la mission de rendre les classiques au monde rural qui n’en demandait pas tant, je créais seul Dom Juan de Molière - toujours en tournée après plus de 130 représentations - avec six masques et dix kilos d’argile. En 2006, faute d’argent pour faire le grand spectacle que j’imaginais, je créais à la hâte, d’après des contes et avec des marionnettes, L’Enfant sur la montagne, encore en tournée lui aussi. Attaché à l’idéal de troupe, je me sentais toujours un peu coupable de prendre le plateau pour moi seul. Une autre part de moi me poussait là par défi. Défi de mettre à l’épreuve de nouvelles techniques de jeu, défi d’entrer en relation avec le public sans l’intermédiaire d’un metteur en scène, défi de jouer dans les plus pauvres salles des fêtes comme dans les plus beaux théâtres. J’aurais pu continuer longtemps à vivre le solo de cette manière : entre défi et culpabilité. Et puis non. J’ai compris qu’au fond, le solo était l’un des seuls moyens actuels de retrouver l’unité perdue du théâtre, celle que continue d’incarner Molière : un art vivant en prise avec la société, où l’auteur, le metteur en scène et l’acteur sont indissociables.
Production Groupe Anamorphose, IDDAC, OARA, Scène Nationale de Bayonne Ecriture, mise en scène et jeu : Laurent Rogero Collaborations : David Prudhomme, Benoît Arène, Frédérick Cazaux, Renaud Cojo Lumière, régie : Stéphane Le Sauce Son : Sylvain Dumoulin Production, diffusion : Julie Lacoue-Labarthe, Laurie Arrecgros
Le Groupe Anamorphose©2006 :: 6 Cours de Tournon 33000 Bordeaux :: contact@groupe-anamorphose.com :: tél 05 56 48 11 20 :: mentions