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 < L’enfant sur la Montagne - Dom Juan > 

Le cocu magnifique (indisponible depuis 2008)

Une farce de Fernand Crommelynck 

Un petit village, paisible et hors du temps. Bruno y tient le rôle d’écrivain public : à la demande, il rédige des lettres d’amour, des déclarations de vente, des proclamations. Bruno maîtrise les mots, mais ceux-ci le débordent lorsqu’il parle de son amour pour Stella. Jusqu’au jour où les mots, où les désirs qui les font naître, vont trop loin : Bruno, soudain, se voit cocu. Et plus personne ne pourra lui faire entendre raison. Désormais, il emploiera toutes les forces de son esprit à découvrir l’amant caché. Et comme son esprit est particulièrement inventif, Bruno utilisera les ruses les plus invraisemblables. Or Stella est si amoureuse, et si soumise aussi, qu’elle supportera la jalousie de son mari bien au-delà des limites du raisonnable. Ainsi cette passion conjugale bouleversera l’ordre du village. Mais qu’est-ce qui pourrait mettre fin à l’obsession de Bruno ?

Cette pièce sera représentée par cinq comédiens et deux musiciens. Autour du couple central (interprété par Ayse Sahin et Laurent Rogero) circuleront trois acteurs (Boris Alestchenkoff, Hadrien Rouchard, Stéphane Le Sauce) jouant à eux seuls une vingtaine de personnages : en chair et en os pour les rôles majeurs, en marionnettes pour les rôles mineurs. Cette sarabande, tour à tour légère et cauchemardesque, sera régulièrement accompagnée par deux musiciens (Denis Gouzil et Sol Hess).

Une tour en aluminium, haute de quatre mètres, représentera la maison de Bruno et Stella, et surtout la fameuse chambre à l’étage dans laquelle Stella s’enferme avec son cousin sur l’ordre de Bruno. Un paravent de toile peinte autour duquel vont et viennent les acteurs et les marionnettes favorise les changements rapides. Au centre d’un cercle de lumière intense (l’arène, le cercle des passions) se joue l’expérience de « l’amour à mort ». Dans ce cercle nu, Bruno et Stella paraissent seuls au monde : livrés à eux-mêmes comme deux amants ou deux combattants. A la périphérie du cercle, dans une semi-obscurité, les autres les observent, se changent à vue avant d’entrer en jeu dans un nouvel emploi, ou préparent les accessoires dont ils useront pour mettre à l’épreuve le couple central.

Le texte de Crommelynck invite à un jeu très physique. L’acteur s’investit complètement et parvient à cet excès dramatique par lequel la farce bascule dans la tragédie, avant que la tragédie ne bascule à nouveau dans la farce. Un intérêt majeur de cette pièce est la coexistence de l’exaspération tragique et de l’exagération comique. Ce qui sonnait poétique devient grivois, ce qui semblait fantaisie devient terreur, ce qui paraissait rêve devient cauchemar. Les apparences de ce théâtre sont trompeuses, c’est ce qui en fait son humanité. Le vertige des genres sera ici accentué par l’usage des marionnettes et de la musique, entraînant les spectateurs dans la folle danse des amants éperdus.

 

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Bruno :

« Tu en as dit assez ! C’est par là qu’elle a quitté la maison, c’est sûr ! Ah ! la garce, la prodigieuse femelle ! Une femme si achevée, si fi ne, mon cher ami. Quand je me l’imagine nue, dénouant sa chevelure, mon cœur perd son écorce !

Et lui, lui, l’attendait au-dehors avec une échelle ? Comment descendrait-elle du toit dans le verger ? Sauterais-tu de là-haut sans te rompre les os ; glisserais-tu le long du lierre sans l’arracher ? Marche-t-elle sur une vapeur, dans un rayon de lune, a-t-elle des ailes, - me crois-tu fou ? »

 

Depuis sa création en 1920, Le cocu magnifique a été joué dans le monde entier, et reste un des textes les plus fameux et les plus traduits de la littérature belge. La mise en scène qu’en fit Meyerhold à Moscou en 1922 est connue comme l’une des plus grandes du XX° siècle. L’audace de ce texte, dans l’exploration du thème et la liberté du ton, en fait une œuvre à part dans la littérature du XX° siècle : une œuvre aussi inclassable et indémodable que le Ubu Roi d’Alfred Jarry.

« Je dois avouer un penchant pour ce qu’on appelle la « belgitude ». Dans le théâtre belge, on fête toujours quelque chose - et peut-être le théâtre lui-même. Je crois que dans ce théâtre on n’est pas dupe du plaisir de se montrer qu’éprouve le comédien, du plaisir de voyeur qu’éprouve le spectateur ; on affirme que ces plaisirs là sont parmi les ingrédients essentiels d’une représentation heureuse. Enfin le rire et le désespoir y sont énormes, et ces deux monstres là vont main dans la main. En France, ils se contentent de flirter, et donnent des comédies graves ou des drames drôles. En Belgique, ils se sont mariés et ont enfanté le grotesque. Ce genre-là, je l’aime parce qu’il est éminemment théâtral et qu’il touche à ce qu’il y a de plus humain. » Laurent Rogero

dossier 

Vous pouvez télécharger le dossier de présentation du spectacle.

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