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Je vais essayer de décrire les trois chantiers que nous menons actuellement de front : les répétitions du Cid, l’association à la ville d’Eysines, le travail sur le territoire rural girondin. J’aimerais donner à comprendre ce que nous essayons de mettre en jeu dans ces trois expériences : une certaine relation entre des atistes et une population.
LES RÉPÉTITIONS DU CID
La création du Cid aura lieu à Bayonne, les 23 et 24 janvier prochains. Ce sera le début d’une série de 33 représentations dont la dernière aura lieu aux Rencontres Théâtrales d’Eysines le 28 mai 2007.
La distribution est composée des trois acteurs avec lesquels je mène un travail de fond (Solène, Limengo et Hadrien), de Stéphanie Cassignard et Cyril Graux, et de moi-même. En amont des répétitions, j’ai effectué un redécoupage de la pièce de Corneille, j’ai défini la fonction du décor, des lumières, et j’ai fait le choix de faire intervenir dans le jeu : de la marionnette, du chant, de la danse.
Après deux semaines de répétitions, les décorateurs et la costumière ont terminé leur travail : nous avons en main le décor, les marionnettes, les costumes, les accessoires. Les projecteurs sont en place : Stéphane n’a plus qu’à peaufiner l’ambiance sur laquelle nous nous sommes mis d’accord. Depuis le bureau, Julie nous envoie la première feuille de route, Laurie contacte la presse et les diffuseurs. Les acteurs savent leur texte, et pour la mise en scène, eh bien : elle est faite.
Qu’est-ce qui nous manque, à ce jour ? L’essentiel. Qu’est-ce qui nous reste à travailler pendant les trois prochaines semaines de répétitions ? La relation que nous souhaitons instaurer avec les spectateurs. Le savoir-faire du metteur en scène, des collaborateurs artistiques, techniques et administratifs, des acteurs et je dirai même de l’auteur, doivent se mettre, selon moi, au service de cette relation à venir (quand on observe le théâtre français, dans sa production comme dans son processus, cela ne paraît pas une évidence). Donc, il ne s’agit pas seulement de rôder notre spectacle, ni de savoir s’il va plaire, mais de savoir ce que nous voulons en faire : à quelle relation nous allons l’employer. Et cela, je ne peux pas le décider seul.
Chaque matin, nous travaillons sur le chant ou la danse, avec l’aide de Jakes Aymonino et Faizal Zéghoudi. L’un et l’autre donnent de la matière à chanter ou à danser, en accord avec les motifs que je donne pour que ça danse ou chante à ce moment-là. Mais ce n’est pas l’essentiel. Ces techniques - chant, danse, mais aussi marionnette et alexandrin - et ces moments ne sont envisagés que comme différentes manières, différentes occasions d’ouvrir des fenêtres sur la salle. Ces fenêtres, percées dans le quatrième mur, c’est aux acteurs de les ouvrir : notre travail consiste à leur transmettre les moyens de retrouver le désir et la liberté de le faire.
L’ASSOCIATION À LA VILLE D’EYSINES
L’été dernier, j’ai battu le rappel dans la ville d’Eysines : en trois répétitions, vous participez à un spectacle du groupe Anamorphose. A ce jour, une soixantaine de personnes se sont inscrites : enfants, adolescents, adultes, personnes âgées. Nous serons plus de quarante acteurs, le 24 mars 2007 au théâtre Jean Vilar, pour représenter La Fortune avant midi, une comédie que j’ai écrite.
Nous avons aussi entamé les répétitions de Le Cocu magnifique, de Fernand Crommelynck, qui sera créé au théâtre Jean Vilar les 21 avril et 30 mai 2007. Là encore, Hadrien, Solène, Limengo et moi tiendrons quatre rôles principaux, et les habitants d’Eysines, tous les autres rôles. La plupart des participants n’ont aucune expérience théâtrale, et nous ne faisons pas de formation : nous voulons simplement les faire jouer avec nous.
De deux choses l’une. Soit nous sommes insensés, nous, les soixante personnes lancées avec nous dans l’aventure, la mairie d’Eysines, soit nous travaillons en conscience à une autre relation entre artistes professionnels et amateurs de théâtre. Si j’en juge par la demande de la population, il existe un désir d’une autre relation (si j’en juge par l’état des structures théâtrales officielles, il existe un besoin d’une autre relation).
Là aussi, nos savoirs-faire sont mis au service d’une relation. Avec la certitude que cette relation ravivée, ressuscitée, enrichira à son tour nos savoirs-faire, et le théâtre contemporain.
LE TRAVAIL SUR LE TERRITOIRE RURAL GIRONDIN
Nous avons fait deux séjours d’une semaine en milieu rural girondin : le premier dans le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne, le second dans le Coeur Entre-deux-Mers (un troisième séjour, en Haute Gironde, est prévu au printemps). Nous avons recueilli toutes sortes de témoignages sur les différents aspects de la vie locale. De chaque séjour, nous tirerons une matière dramatique qui servira - pour la saison prochaine - notre rencontre avec un groupe d’habitants souhaitant monter sur scène, et qui servira - pour la saison 2008/09 - la création d’un spectacle réunissant ces habitants et les acteurs du groupe Anamorphose. En attendant ces créations, les habitants de chaque secteur pourront nous retrouver à l’occasion des représentations de nos spectacles données dans les communes partenaires.
Il est évidemment question d’une relation privilégiée entre un bassin de population - correspondant à quelques communes proches - et un groupe d’acteurs. Mais aussi d’une relation entre une culture locale et une esthétique théâtrale. D’une relation entre une troupe et les élus de quelques communes. D’une relation entre ces communes autour d’un même projet artistique. D’une relation entre les habitants de quelques communes proches, autour d’un projet de spectacle qui concerne leur identité. Etc. Ce n’est pas la création qui va susciter les relations, mais les relations qui vont susciter la création. Et elle ne peut que s’en trouver grandie.
EN BREF
Je n’ai pas plus de vocation pour "le socio-culturel" que pour "l’art pour l’art". J’aime un art vivant intensément. Or le spectacle tel qu’il est le plus souvent vécu - c’est-à-dire produit par les uns et consommé par les autres - ne fait vivre intensément ni les uns, ni les autres. Alors, au programme : un peu plus de vraie vie dans le théâtre, et un peu plus de théâtre dans la vraie vie.
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